Madness Interview 6 avril 1986, Printemps de Bourges, France

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INTERVIEW DE MADNESS
le 6 avril 1986, Bourges (France)


Madness est un groupe qui se fait rare en France. Pas une tournée, pas un concert depuis leur passage au Midem de Cannes début 82… Il faut dire que le groupe n’a pas eu beaucoup de chance en France. Alors que tous leurs singles et albums ont fait des cartons dans les hits en Grande Bretagne (pas un bide !), la France leur a collé l’étiquette « Ska-One Step Beyond » et n’a plus voulu entendre parler du reste… Oh… Quand je dis la France, je parle des radios et des médias ! Il y a bien eu un petit sursaut avec « Our House », mais léger, très léger… Comment les médias allaient-ils pouvoir expliquer que Madness, c’était bien autre chose que « One Step Beyond », alors que pendant toutes ces années, ils avaient dit le contraire ?
Bref, nous sommes en 1986, et Bernard Batzen, responsable du Printemps de Bourges et fan du groupe, voulait absolument faire passer Madness, même à perte !

La première partie du concert était assurée par un groupe assez délirant, « Les Illuminés du 8 décembre »..  Ensuite arriva le moment tant attendu !

Madness débarqua sur scène avec un set varié, mélangeant tubes (Night Boat, Shut Up, Baggy Trousers, One Step Beyond), extraits d’albums (Samantha, Keep Moving, Time…) et titres inédits (Be Good Boy, 4 B.F., Natural Act Of Love, Precious One)… Quelle magie, quel bonheur, même si, sur la longueur, le groupe n’arrivait pas à avoir l’énergie d’antan… La fatigue des tournées, et l’heure avancée du concert (un dimanche en pleine après midi) devaient y être pour quelque chose.
Après un ultime rappel, nous arrivions dans les loges pour la conférence de presse.

Bourges, dimanche 6 avril 1986, 17 heures 30, dans les loges du palais des Congrès de Bourges.
Les maddies se reposent après leur set. Carl fume, Chris est fier de son pantalon, Lee boit une boisson à la pulpe d’orange… C’est la détente générale. Quelques minutes plus tard, nous nous installons autour d’une table pour parler du groupe.

Suggs plaisante avec Mark, Woody, qui a l’air de faire la gueule, s’en va prendre une douche, Chris est toujours aussi fier de son pantalon, Lee attaque sa deuxième boîte de boisson à l’orange et Carl s’aperçoit que son paquet de cigarette est vide…

Skanews : Comment s’est déroulé le concert ?

Suggs : C’était chouette, mais en début d’après midi, c’était difficile de créer une atmosphère. Mais on s’est bien marré, c’était super.

Pendant ce temps, un responsable de chez Virgin vient retirer le parasol publicitaire qui était planté au milieu de la table… Les vibrations auront raison de la boîte de boisson à l’orange. Elle se renverse sur le pantalon de Chris, qui fait des gros yeux, tandis que le reste du groupe rit aux éclats !

Skanews : Vous étiez depuis 5 ans chez Stiff Records, label de Dave Robinson. Ce dernier a décidé de vendre sa maison de disques et vous êtes partis. Depuis, vous avez créé votre propre label (Zarjazz) qui est distribué par Virgin…

Suggs : Stiff voyait que cela marchait pour nous et nous demandait trop. Ils voulaient qu’on sorte des disques tout le temps. Les responsables ne pensaient qu’au fric, ils contrôlaient tout ce que l’on faisait, ils avaient des yeux partout.

Carl : On se sentait mal à l’aise, on n’était plus libre.

Suggs : Du coup, nous avons créé notre propre label, Zarjazz, qui est distribué et en partie financé par Virgin
.
Chris : Oui, ils sont super chez Virgin, à part quand ils tachent ton pantalon… (éclats de rires général)

Skanews : Vous avez produit sur votre label Feargal Sharkey, quelles sont vos prochaines signatures ?

Suggs : Un groupe de copains, Charm School ainsi que Tom Morley.

Skanews : Suggs et Carl, vous avez édité un disque sous le nom des Fink Brothers, il y aura une suite ? (A ce moment, tous les membres du groupe sont pliés de rire…)

Suggs : Ils sont morts, d’une horrible mort avec leur disque (rires)

Carl : Oui, les Fink Brothers, c’était une super farce de Suggs et moi. Nous avions envie de rire un peu (rires)

Skanews : J’ai entendu dire que la deuxième partie de votre best of Complete Madness allait sortir en disque et en vidéo d’ici peu…

Chris : Oui, dans trois semaines ou un mois à peu près.

Skanews : Et votre nouvel album, c’est pour quand ? 

Suggs : Juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre… dans ces eaux là !!!

Skanews : On dit que Mike Barson pourrait réintégrer la groupe d’ici un à deux ans.

Carl : Il pourrait, mais je ne sais pas s’il le veut. Maintenant, il habite en Hollande. Il en a marre de la musique, marre de bosser durement. Il préfère en ce moment écouter chanter les oiseaux que de faire de la musique.

Skanews : Que pensez-vous du Red Wedge ?

Suggs : Formidable !

Chris : C’est super ! C’est une association de groupes parrainée par le parti travailliste. On veut montrer, avec cette association, que la politique de Thatcher nous mène à la faillite.

Skanews : Pensez-vous que les fast styles (Tippa Irie, Smiley Culture…), le phénomène londonien du moment, peut devenir aussi populaire que le Ska en 1979 ?

Carl : Oui, c’est possible, mais cela m’étonnerait. On ne  trouve ces disques que dans les magasins de Reggae ou de musiques noires, et l’institut de sondage qui s’occupe du Top 40 ne prend pas en compte les ventes de ces magasins… C’est dégueulasse !

Skanews : Vous aimez ce qu’il y a en ce moment dans le Top 40 anglais ? 

Carl : Il y a 80 % de merde dans les hits parade.

Chris : Dans les années 60, la musique était soit bonne, soit mauvaise, mais les gens y mettaient toutes leurs tripes, leur cœur. Aujourd’hui, tout le monde s’en fout et cela donne n’importe quoi !

Skanews : Quelles sont les premières choses que vous allez faire en rentrant en Angleterre ?

Suggs : Travailler sur notre nouvel album.

Carl : Adhérer à l’association Artist Against Apartheid et continuer le Red Wedge pour baiser Thatcher.

Mark : Baiser Thatcher, tu as de l’espoir, Carl ! Elle doit être imbaisable… enfin, en forçant, tu y arriveras peut-être… (rires)

En guise d’au revoir, je demandais au groupe de bien vouloir nous chanter une petite chanson a cappela… le groupe se regarda et chanta en chœur « Lola » des Kinks…

Bien évidemment, il y avait encore des tonnes de questions à poser sur le groupe, leur studio, le Red Wedge, Artists Against Apartheid… mais le temps était compté, de nombreux autres journalistes voulaient poser leurs questions (souvent très connes, du genre « Alors ! Pourquoi le succès vous a-t-il abandonné depuis One Step Beyond ? » ce qui énerva un peu les Maddies quand on sait que de 1979 au jour de cet interview, tous leurs disques (plus de 20) ont été des tubes…). 

Interview réalisée par Jean-Pierre Boutellier / Skanews./ French-MIS 1986